Les Mystères de Paris

Eugène Sue – Les Mystères de Paris

Eugene Sue - Mysteres de Paris

Oui, les Mystères de Paris relèvent du feuilleton, comme La Cousine Bette, comme Splendeurs et misères des courtisanes, chefs-d’œuvre de Balzac, comme tout Dumas et presque tout Sand ; et, comme Hugo dans Les Misérables. Sue donne à son feuilleton une extraordinaire dimension dans le noir. Le mélo est là, assurément. Et colossal, coupant le souffle avec la brutalité en noir et blanc de ses éclairages violents, avec ses héros campés sans ambiguïté dans la noblesse ou dans l’atroce ; avec surtout, puisqu’il s’agit de Paris et de ses mystères, un extraordinaire décor posant la cité moderne comme un personnage épique : ville-foule, ville-château bâtie sur un monde d’entrailles souterraines, caves-caveaux, égouts, couloirs ; ville-cancer qui attire et qui dévore, use, corrompt, ouvrant à la fois toutes les avenues du pouvoir et tous les chemins de la perdition. Le monumental triomphe de ce roman nous confond encore aujourd’hui. Tous les contemporains l’ont lu, dans toutes les classes de la société…

 

La postérité n’aura pas été très juste avec Eugène Sue. Il aura été la super star de son temps, encore plus populaire de Hugo, Balzac ou Zola, mais c’est une littérature populaire, publiée essentiellement en feuilleton dans les journaux. Là où Alexandre Dumas a réussi à marquer sa place dans la littérature populaire en s’imposant comme un génie des romans d’aventure pour les jeunes lecteurs, les œuvres d’Eugène Sue ont vite disparu. Et c’est dommage car le récit est entraînant, le texte facile, l’action toujours présente, la morale toujours sauve. Bref un peu de violence, mais les gentils finissent par l’emporter, même si techniquement la publication en feuilleton a obligé l’auteur à un remplissage assez fréquent. Une autre cause de l’oubli d’Eugène Sue est l’attaque dont il a été victime en publiant son autre gros (encore plus gros) pavé : les Mystères du peuple. Gigantesque fresque qui se déroule depuis les temps immémoriaux jusqu’au 19ème, il a été reçu comme un brûlot car le rôle de l’Église y est beaucoup critiqué. Une fois le livre interdit, son auteur aura vite fait de tomber aux oubliettes de la littérature française, et c’est dommage.

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