La stratégie Bolloré: couler Canal

Le capitaine d’industrie a fait une arrivée fracassante dans l’univers des médias, et ça se voit:

  • Censure des reportages qui fâchent
  • Censure de toute mention au grand chef
  • Licenciement des responsables des infos
  • Remplacement par des copains servi(ab)les

C’est particulièrement marquant sur Canal+, une des dernières chaînes ou les bulletins d’information pouvaient afficher un regard différent, voire critique envers les puissants. Pour certains, il était grand temps d’agir. Le patient Canal est malade. Diagnostic: impertinence et moquerie des puissants. Le bon docteur Bolloré arrive à la rescousse et si le médicament tue le patient, la maladie sera quand même éradiquée.

Il ne faut donc pas s’étonner de la décapitation des Guignols, de l’effondrement programmé du Grand Journal nouvelle-nouvelle-formule, et à moyen-terme un alignement de l’info au niveau de ce que fait D8. Ou bien même plus d’info du tout, juste la bonne vieille recette cinéma-football-porno qui a déjà fait ses preuves. Ce n’est pas une « orientation stratégique », c’est la mise à mort de l’ « esprit canal ». Et ça va marcher. Et ça n’aura coûté qu’une paille à M. Bolloré, tout en nous faisant croire à un accident industriel.

Cette poutinisation des médias français à 2 ans des présidentielles arrive en même temps que le retour sur le devant de la scène de Nicolas Sarkozy, vous avez dit coïncidence ?

Lettre ouverte aux souverainistes

L’irruption d’un riche homme d’affaire dans l’arène politique n’est pas rare. Le bulldozer Donald Trump en est le dernier exemple en date chez nos voisin étatsuniens. Mais s’imposer dans une formation progressiste relève de l’exploit. Ou le triomphe du cynisme…

Mais concentrons-nous plutôt sur la nouvelle dynamique apportée par M. Peladeau à la cause souverainiste. C’est un cycle, comme les années bissextiles, les méduses ou les irruptions solaires, ça revient de temps en temps, et certains nous présentent cette cause comme la solution miracle à tous les maux. Je vais vous montrer pourquoi je pense que c’est de l’enfumage. Outre M. Peladeau, les partis qui soutiennent cette nouvelle vague sont le Parti Québecois, Bloc Québecois, Option Nationale, Québec Solidaire.

Tout d’abord, la politique québecoise a quelque chose d’unique. Dans les démocraties occidentales, le clivage se fait généralement autour de l’axe gauche-droite, parfois sous de subtiles nuances lexicales (conservateurs, libéraux, travaillistes, démocrates, républicains, socialistes, néo-démocrates, etc.), mais on tourne toujours autour de la même question: entre économie et social où doit-on mettre le curseur. C’est un pivot essentiel, qui change à chaque changement de majorité donnant l’impression que le vote peut changer la vie publique. La vague « de gauche » en Europe ces dernières années prouvent que l’écart est finalement très faible. Mais c’est l’articulation essentielle du débat politique, la lutte entre l’ultra-capitalisme d’une part et la défense de l’être humain de l’autre. Et cette discussion est essentielle car d’elle découle toutes les autres décisions (budget, environnement, commerce, impôts, etc.).

Mais au Québec rien de tout ça, la question qui semble désormais centrale est celle de l’indépendance. Mais pour quel résultat ? Aucune idée, la notion politique et sociale est systématiquement écartée, alors qu’elle est primordiale. C’est un hold-up des idées que cette question d’autonomie, pour éviter les questions dérangeantes (comme le chômage, la santé, l’éducation, la sécurité, etc.), on détourne l’objet du débat public comme le ferait un magicien. Et tous vos problèmes vont se résoudre avec l’indépendance.

Regardons de plus près. De quoi s’occupe le fédéral ?

  • Défense nationale: le Canada n’est en guerre avec aucun pays, et à part quelques troupes envoyées aux 4 coins du monde, ramener cette responsabilité au niveau du Québec ne va rien changer. Ah si il va falloir entretenir une armée.
  • Politique étrangère: Le Canada n’a pas de problèmes diplomatiques majeurs dans le monde. Ramener cette compétence au Québec ne va rien changer. Ah si il va falloir investir dans des dizaines de consulats et ambassades et organiser toute une vie diplomatique.
  • Citoyenneté: il va falloir créer de nouvelles pièces d’identité, des critères pour l’obtention de la citoyenneté, etc.
  • Maintien de l’ordre: Existe aussi au niveau provincial
  • Justice criminelle: Une juridiction en plus à ramener, mais peu d’impacts.
  • Commerce international: beaucoup à faire ici (douanes, accords de libre-échange, etc.)
  • Monnaie: Il va falloir créer une nouvelle monnaie, une banque centrale, etc. Ceci représente un gros investissement.

Puis l’immigration, l’agriculture et l’environnement sont déjà des efforts partagés entre le fédéral et le provincial, donc l’indépendance aura peu d’impact.

Viennent ensuite les sujets qui ne dépendent que de la province, donc pour ceux-ci l’indépendance n’aura AUCUN effet:

  • Éducation
  • Santé
  • Ressources naturelles
  • Autoroutes et infrastructures
  • Maintien de l’ordre
  • Propriété et droits civils
  • Services municipaux (CLSC, recyclage, transports publics, services d’urgence, etc.)

Quand je regarde cette liste et ce qui ne va pas dans la province depuis quelques années, je me dis que tout se trouve là :

  • Profs et étudiants en grève ou en colère contre les réformes (carrés rouge, baisse des budgets des commissions scolaires, je ne juge pas de la légitimité, mais on ne peut pas dire que les orientations font l’unanimité),
  • Listes d’attente interminables dans les hôpitaux,
  • Pillage des ressources naturelles et risques autour des gaz de schiste
  • Ponts qui s’écroulent, état déplorable des routes et travaux permanents,
  • Corruption dans la construction, etc.

Ça veut dire que dans tout ce qui ne va pas aujourd’hui, ça dépend à 99% du provincial. Et les souverainistes, un pays ça va changer quoi ?

Nous ne sommes même pas capables en tant que province de gérer ces efforts, comment en rajoutant des efforts en diplomatie, commerce international, monnaie, etc. on peut imaginer que ce serait mieux ? Prôner l’indépendance, c’est détourner le regard des vrais problèmes.

Ainsi donc, je vois le souverainiste comme un adolescent de 16 ans qui irait voir ses parents:

– Papa, Maman, je veux avoir mon propre logement !

– Come on ! tu sais pas te faire à manger, tu sais pas laver ton linge, dans ta chambre il y a un vieux bout de pizza qui traine depuis 3 semaines, c’est jamais aéré ça sent le rat crevé, et c’est tellement mal rangé qu’on voit même plus le plancher. Et tu penses que tout ira mieux si tu gères un appartement à toi tout seul avec en plus les factures à payer et tout ?!?!

Si tu as vraiment envie d’indépendance, commence par tout ranger et tout garder propre pendant 6 mois, ensuite on verra si on peut te donner plus d’autonomie comme t’occuper de faire l’épicerie et à manger. Et une fois que tu seras bon dans tout ça, alors on reparlera pour te trouver un logement.

C’est le plus sage à faire en ce moment. Commençons par balayer devant notre porte, quand le Québec sera devenu une province prospère, alors oui il sera peut-être venu le temps de parler d’indépendance. Mais d’ici là c’est pas raisonnable d’y croire, encore moins d’en faire son seul argument politique. Entrer en politique avec une idée, c’est bien, encore faut-il que ce soit une bonne idée. Et dans la situation actuelle, il y a tellement d’urgences : l’environnement, la relance économique, la lutte contre le terrorisme, contre la fraude fiscale, contre le chômage, la répartition des richesses… tous ces sujets sont beaucoup plus légitimes, mais ils sont occultés par le rouleau compresseur des indépendantistes. Et je ne pense pas que ce soit un hasard.