Momo

Laissez-moi vous raconter la triste histoire de Mohamed, notre poto qu’on appelait Momo.

Il est arrivé dans la bande un peu par hasard, un jour où il manquait un joueur dans l’équipe il est venu et on l’a tout de suite accepté comme un des nôtres. Il est revenu semaine après semaine, parfaitement intégré dans l’équipe, participant aux déplacements, aux grosses bouffes d’après-match, aux soirées pizza-fifa, bref une intégration sans histoire. Il a fini par nous ressembler même. Il a gouté la bière et il a adoré. Il a gouté le jambon, mais ça il n’a pas trop aimé. On parlait de tout, de rien, de foot, de filles, du boulot, de politique, de religion même parfois. Puis on a vieilli, au lieu de jouer, maintenant on allait voir jouer les pros les samedis au stade. Au début, les bières étaient tolérés, mais un jour on nous a dit que c’était plus autorisé. Momo a eu une idée de génie, il a mis la bière dans des petite bouteilles fines cachées dans de la mousse, les stadiers ne sentaient rien en nous palpant à l’entrée du stade. Sacré Momo… Bon au bout d’un certain temps le stadier a fini par comprendre, Marcel qu’il s’appelait, il était toujours là porte F, c’est toujours par là qu’on passait et il nous laissait faire.

Un jour on est arrivé les gens semblaient méfiants, Marcel nous regardait d’un œil mauvais. Avec lui il y avait deux flics pour « renforcer la sécurité ». Quand Momo est arrivé devant Marcel, un des policiers s’est approché, Marcel a commencé à transpirer. Le policier s’est occupé de la fouille. Il a bien senti des trucs durs tout autour de son ventre, mais il ne comprenait pas. Son regard a figé, Marcel a essayé de rattraper le coup, mais l’autre s’est mis a crié « Attention, c’est une ceinture d’explosifs », puis tout s’est passé très vite. Le deuxième policier, un brave petit jeune s’est mis à paniqué, il tremblait en sortant son arme de service et la pointant sur Momo il a crié « tout le monde à terre ! », puis Momo a rigolé, il s’est retourné, il a commencé à soulever son pull, mais il n’a pas eu le temps d’aller plus loin, un balle dans la tête a arrêté son geste. Puis il s’est écroulé dans un silence glacial, pendant ce qui nous a semblé une éternité. En tombant les bouteilles se sont brisées, il est resté dans une flaque de sang mélangé à de la bière, cruelle ironie.

Après coup nous avons tous éprouvé un immense sentiment de culpabilité. Mais qui est le vrai responsable de ce fiasco :

  • Momo lui-même
  • Ses copains, évidemment nous aurions pu l’empêcher de faire ça, surtout ce jour-là
  • Marcel, il savait que c’était chaud, il aurait pu nous dire de faire demi-tour
  • Le premier policier, il aurait dû faire la différence entre des bouteilles et une ceinture d’explosifs. Mais est-ce que tous les policiers savent exactement à quoi ressemble une ceinture d’explosifs ? et sont-elles d’ailleurs toutes semblables ?
  • Le deuxième policier, il aurait dû garder son sang-froid. Facile de dire ça après coup, il aurait été un héros si c’était vraiment une ceinture d’explosifs.

 

Après réflexion, le vrai coupable c’est Daech. Ce sont eux qui ont instauré de climat de méfiance entre nous. Je n’en veux à personne d’autre et je pleure la mort de mon ami.

 

Peace for Momo.

 

 

Edit: cette histoire est bien heureusement fictive, mais j’imagine qu’elle pourrait se produire dans le climat actuel.

A mes amis musulmans

C’est toujours difficile de réagir à chaud suite à ce genre d’évènements. Mais il ne faut pas laisser la peur et la haine s’installer, il ne faut pas suivre la meute et s’en prendre au premier venu.

 

Le rôle essentiel est tenu par l’État Islamique dans ces attentats. Or cet état auto-proclamé vise à restaurer un califat dans des zones qu’il contrôle autour de Raqqa (entre l’Irak et la Syrie). C’est la déstabilisation de cette région par la guerre en Irak et contre la Syrie qui a donné des ailes à ce projet.

Et oui c’est un projet politique, beaucoup plus que religieux. Car l’EI veut instaurer un nouveau pays indépendant, et l’islam n’est qu’un instrument dans leur propagande. Un instrument efficace pour le recrutement, la constitution de ce califat, les références historiques et culturelles de la région, etc. Oui l’islam a une part importante, mais l’objectif est à mon sens politique avant d’être religieux.

J’en veux pour preuve les propos de Marc Trévidic, ancien juge anti-terroriste. Il décrit la plupart des combattants comme peu instruits de religion, avec très peu de connaissances sur le Coran. Un comble. Et pour le recrutement, il ne s’agit pas d’entraîner des fidèles. Mais de trouver parmi des petits délinquants les plus fragiles pour les convertir à l’islam radical et donner un sens à leur « violence ». Encore une fois la religion n’est qu’un instrument au service d’une cause politique.

Et donc demander aux Musulmans occidentaux de se désolidariser est hors-sujet (et même insultant pour eux), faire l’amalgame est tout aussi dangereux. C’est une guerre entre un pays qui demande son indépendance et le reste du monde qui ne veut pas. La religion n’est qu’un prétexte dans cette histoire, donc pas besoin de s’en prendre à nos frères musulmans, gardons la tête froide.

C’est l’occasion pour rappeler que les réfugiés Syriens fuient un pays qui subit des Bataclan tous les jours, ceci doit nous donner plus de raison de les comprendre et de les accueillir. Pour se faire une place dans la région, les dégâts sont beaucoup plus importants dans les pays proches qu’en Europe.

 

Enfin, à ceux qui « imaginent un monde sans religion », je partage ce souhait, mais la violence et le terrorisme ne disparaitraient pas pour autant. Dans un monde sans religion, un groupe déterminé à obtenir son indépendance trouverait d’autres arguments pour recruter des combattants-kamikazes : pillage des richesses par les pays du Nord, destruction de l’environnement, injustice sociale, impérialisme culturel, etc. Les brigades rouges en Italie dans les années 70 (les années de plomb) ou les attentats de l’OAS prouvent qu’à droite comme à gauche le terrorisme politique a bien existé et tué sans faire appel à la religion.