Rester optimiste

L’élection de Donald Trump est un désastre. Loin d’être satisfait de ce résultat, j’y vois tout de même quelques raisons de rester optimiste.

1- Pour les Américains qui ne sont pas millionnaires, donc la plupart, la défaite était consommée dès que Sanders et Cruz ont été écartés lors des primaires. Que peut espérer un Américain moyen dans un débat entre deux milliardaires financés par des multinationales ? Hillary a bien essayé de prendre le métro à New York durant la campagne pour montrer son côté proche du peuple, mais malgré un coaching poussé elle n’a pas réussi à passer le portique, c’est gênant…

2- Le soutien financier dont a bénéficié Hillary Clinton peut légitimement faire peur: Goldman Sachs, Monsanto, JP Morgan, Citigroup, Google, Morgan Stanley… bref tous ces milliards il aurait bien fallu les rembourser.

3- Trump a-t-il les moyens de ses ambitions ? Si Obama avec le charisme et le support populaire qu’on lui a connu pendant 8 ans n’a pas été en mesure de faire passer les réformes qu’il avait promis, c’est que la démocratie américaine ne dépend pas du seul chef de l’état. Obama a rappelé après la tuerie Charleston qu’il voulait réguler les armes à feu, mais qu’il n’en avait pas le pouvoir seul. Donc faisons confiance au congrès pour bloquer les délires de Trump. D’ailleurs le parti Républicain n’est pas rangé de manière unanime vers son champion, loin de là.

4- 12 ans de démocrates, ça aurait été l’assurance de donner le pouvoir aux Républicains à la prochaine élection, quel que soit le candidat. Donc 8 ans de perdu. Avec Trump, on peut garder l’espoir que les forces qui ont suivi Sanders vont germer et fournir pour 2020 un bon candidat démocrate.

5- Hillary Clinton est soupçonnée par de nombreux Américains de passer son temps à mentir et cacher son véritable programme. Donald Trump a le mérite non pas de l’honnêteté, mais de la sincérité (et c’est peut être le plus effrayant dans cette histoire). C’est plus facile pour les progressistes de lutter contre un adversaire comme Trump parce qu’il est caricatural, inexpérimenté, et il assume son rôle d’oligarque. Face à Clinton, les mêmes accusations ne vont pas rassembler suffisamment de monde pour être audible, les gens ne perçoivent pas Clinton comme un adversaire de classe.

6- Il faut respecter le résultat du vote. Nos démocraties occidentales ont trop tendance depuis quelques années à vouloir imposer leur vision aux électeurs.
Le traité européen refusé par référendum en France en 2005 mais finalement imposé par décret.
Le refus du peuple Grec de céder aux injonctions de Bruxelles, mais finalement Tsipras a capitulé.
Le refus des Wallons de ratifier le CETA, mais qui ont finalement plié.
Le Brexit voté par les Anglais, mais on se rend compte qu’il ne sera jamais véritablement appliqué.
Bref les peuples ne votent pas toujours comme les marchés leur demandent, mais c’est le principe fondamental de la démocratie d’au moins respecter le vote populaire. Les moyens de propagande sont déjà suffisamment élevés pour qu’au minimum on respecte la volonté du peuple lorsqu’il s’exprime.

7- La politique de nombreux pays occidentaux dérive vers l’ultra-libéralisme, tout en avançant masqué. Clinton est l’incarnation même de nouveau populisme, le taon d’Achille de la démocratie représentative.
Il s’incarne également dans le président Français Hollande qui tout en promettant que « son adversaire c’est la finance » a fait tout le contraire pendant son mandat: état d’urgence permanent, loi de surveillance généralisée, loi du travail, fichier TES. La loi El Khomry n’est passée que pour 2 raisons: utilisation du 49.3 pour empêcher les débats sur le contenu, et surtout le fait que la loi soit portée par la gauche a bénéficié du soutien d’un grand nombre de personnes qui y ont vu un progrès du socialisme moderne. Si la droite avait proposé la même loi, des grèves auraient bloqué tout le pays, mais la gauche a réussi à faire passer la pilule.
On peut aussi penser à Justin Trudeau, le gendre idéal, qui se présente en chevalier blanc de la corruption, mais qui vote avec les conservateurs pour enterrer un amendement qui menace le statut de la Barbade comme paradis fiscal.
Deux beaux exemples qui expliquent la défiance des citoyens envers les sociaux démocrates (sociaux-traitres), et qui expliquent que cette élection est bien plus une défaite de Clinton qu’une victoire de Trump.

Momo

Laissez-moi vous raconter la triste histoire de Mohamed, notre poto qu’on appelait Momo.

Il est arrivé dans la bande un peu par hasard, un jour où il manquait un joueur dans l’équipe il est venu et on l’a tout de suite accepté comme un des nôtres. Il est revenu semaine après semaine, parfaitement intégré dans l’équipe, participant aux déplacements, aux grosses bouffes d’après-match, aux soirées pizza-fifa, bref une intégration sans histoire. Il a fini par nous ressembler même. Il a gouté la bière et il a adoré. Il a gouté le jambon, mais ça il n’a pas trop aimé. On parlait de tout, de rien, de foot, de filles, du boulot, de politique, de religion même parfois. Puis on a vieilli, au lieu de jouer, maintenant on allait voir jouer les pros les samedis au stade. Au début, les bières étaient tolérés, mais un jour on nous a dit que c’était plus autorisé. Momo a eu une idée de génie, il a mis la bière dans des petite bouteilles fines cachées dans de la mousse, les stadiers ne sentaient rien en nous palpant à l’entrée du stade. Sacré Momo… Bon au bout d’un certain temps le stadier a fini par comprendre, Marcel qu’il s’appelait, il était toujours là porte F, c’est toujours par là qu’on passait et il nous laissait faire.

Un jour on est arrivé les gens semblaient méfiants, Marcel nous regardait d’un œil mauvais. Avec lui il y avait deux flics pour « renforcer la sécurité ». Quand Momo est arrivé devant Marcel, un des policiers s’est approché, Marcel a commencé à transpirer. Le policier s’est occupé de la fouille. Il a bien senti des trucs durs tout autour de son ventre, mais il ne comprenait pas. Son regard a figé, Marcel a essayé de rattraper le coup, mais l’autre s’est mis a crié « Attention, c’est une ceinture d’explosifs », puis tout s’est passé très vite. Le deuxième policier, un brave petit jeune s’est mis à paniqué, il tremblait en sortant son arme de service et la pointant sur Momo il a crié « tout le monde à terre ! », puis Momo a rigolé, il s’est retourné, il a commencé à soulever son pull, mais il n’a pas eu le temps d’aller plus loin, un balle dans la tête a arrêté son geste. Puis il s’est écroulé dans un silence glacial, pendant ce qui nous a semblé une éternité. En tombant les bouteilles se sont brisées, il est resté dans une flaque de sang mélangé à de la bière, cruelle ironie.

Après coup nous avons tous éprouvé un immense sentiment de culpabilité. Mais qui est le vrai responsable de ce fiasco :

  • Momo lui-même
  • Ses copains, évidemment nous aurions pu l’empêcher de faire ça, surtout ce jour-là
  • Marcel, il savait que c’était chaud, il aurait pu nous dire de faire demi-tour
  • Le premier policier, il aurait dû faire la différence entre des bouteilles et une ceinture d’explosifs. Mais est-ce que tous les policiers savent exactement à quoi ressemble une ceinture d’explosifs ? et sont-elles d’ailleurs toutes semblables ?
  • Le deuxième policier, il aurait dû garder son sang-froid. Facile de dire ça après coup, il aurait été un héros si c’était vraiment une ceinture d’explosifs.

 

Après réflexion, le vrai coupable c’est Daech. Ce sont eux qui ont instauré de climat de méfiance entre nous. Je n’en veux à personne d’autre et je pleure la mort de mon ami.

 

Peace for Momo.

 

 

Edit: cette histoire est bien heureusement fictive, mais j’imagine qu’elle pourrait se produire dans le climat actuel.

A mes amis musulmans

C’est toujours difficile de réagir à chaud suite à ce genre d’évènements. Mais il ne faut pas laisser la peur et la haine s’installer, il ne faut pas suivre la meute et s’en prendre au premier venu.

 

Le rôle essentiel est tenu par l’État Islamique dans ces attentats. Or cet état auto-proclamé vise à restaurer un califat dans des zones qu’il contrôle autour de Raqqa (entre l’Irak et la Syrie). C’est la déstabilisation de cette région par la guerre en Irak et contre la Syrie qui a donné des ailes à ce projet.

Et oui c’est un projet politique, beaucoup plus que religieux. Car l’EI veut instaurer un nouveau pays indépendant, et l’islam n’est qu’un instrument dans leur propagande. Un instrument efficace pour le recrutement, la constitution de ce califat, les références historiques et culturelles de la région, etc. Oui l’islam a une part importante, mais l’objectif est à mon sens politique avant d’être religieux.

J’en veux pour preuve les propos de Marc Trévidic, ancien juge anti-terroriste. Il décrit la plupart des combattants comme peu instruits de religion, avec très peu de connaissances sur le Coran. Un comble. Et pour le recrutement, il ne s’agit pas d’entraîner des fidèles. Mais de trouver parmi des petits délinquants les plus fragiles pour les convertir à l’islam radical et donner un sens à leur « violence ». Encore une fois la religion n’est qu’un instrument au service d’une cause politique.

Et donc demander aux Musulmans occidentaux de se désolidariser est hors-sujet (et même insultant pour eux), faire l’amalgame est tout aussi dangereux. C’est une guerre entre un pays qui demande son indépendance et le reste du monde qui ne veut pas. La religion n’est qu’un prétexte dans cette histoire, donc pas besoin de s’en prendre à nos frères musulmans, gardons la tête froide.

C’est l’occasion pour rappeler que les réfugiés Syriens fuient un pays qui subit des Bataclan tous les jours, ceci doit nous donner plus de raison de les comprendre et de les accueillir. Pour se faire une place dans la région, les dégâts sont beaucoup plus importants dans les pays proches qu’en Europe.

 

Enfin, à ceux qui « imaginent un monde sans religion », je partage ce souhait, mais la violence et le terrorisme ne disparaitraient pas pour autant. Dans un monde sans religion, un groupe déterminé à obtenir son indépendance trouverait d’autres arguments pour recruter des combattants-kamikazes : pillage des richesses par les pays du Nord, destruction de l’environnement, injustice sociale, impérialisme culturel, etc. Les brigades rouges en Italie dans les années 70 (les années de plomb) ou les attentats de l’OAS prouvent qu’à droite comme à gauche le terrorisme politique a bien existé et tué sans faire appel à la religion.

L’évasion fiscale, les idées reçues

En complément de mon précédent billet sur l’évasion fiscale, je vous présente ici quelques idées reçues largement répandues dans les médias. Il faut se méfier des gens qui défendent de tels mensonges.

1. On ne sait pas combien ça représente donc pourquoi se lancer dans une lutte coûteuse sans même savoir ce qu’on va en retirer ?

Avec des arguments comme ça, fini les contrôles de vitesse ou d’alcoolémie au volant. On ne peut pas savoir à l’avance combien de gens vont conduire en état d’ivresse, ce n’est pas une raison pour ne pas faire de contrôle. Et si on ne fait rien, alors en effet on n’aura jamais de statistiques pour nous dire combien d’argent s’évapore artificiellement des caisses des états. Ceux qui utilisent cet argument ne se sont pas fait abusés par le discours médiatique, ils sont juste payés pour faire passer le message.

2. Les riches ont bien travaillé et ils méritent leur millions.

Oui… mais non. On ne devient jamais riche sans avoir bénéficié des services publics. Si vos employés sont éduqués c’est grâce aux impôts ! S’ils sont en bonne santé, c’est grâce aux impôts ! Si vos usines ne sont pas pillées, c’est grâce aux impôts ! La liste est sans fin. Les impôts c’est comme un remboursement de prêt, et c’est celui qui a le plus réussi qui en profite le plus, donc qui cotise le plus. C’est parfaitement moral et légitime. Si vous pensez que votre richesse ne doit rien à l’état, allez donc faire fortune dans le désert ou dans un pays au bord de l’anarchie. Pas de volontaire ?

3. Si on les impose, les riches vont partir dans un autre pays.

Encore une fois oui mais non. Oui ils vont partir, donc idéalement il faut que tous les pays adoptent les même règles, et cet argument tombera de lui-même. Mais un pays qui déciderait seul de s’attaquer au problème pourrait y arriver. Pensez-vous que beaucoup de gens vont vouloir s’expatrier réellement si on oblige une personne à vivre dans son pays d’imposition ? Si on l’empêche de poursuivre ses activités commerciales dans un pays où elle n’est pas résident fiscal ? Alors le Luxembourg et la Suisse vont avoir les meilleurs chefs d’entreprise, c’est sûr, mais ils se partageront un marché local très limité. Dans ce cas, moi ça me va.

4. L’optimisation fiscale est légale.

Et oui c’est bien le problème. Comment peut-elle être à la fois légale et immorale ?
Eh bien ce n’est certainement pas par hasard. Est-ce vraiment en payant des comptables très astucieux qui ont trouvé des failles dans le système ? C’est ce qu’on veut faire croire aux gens, mais non, c’est faux. Et si c’était vrai, il suffirait de changer les lois pour empêcher l’évasion. L’évasion fiscale a été rendue légale par ceux qui prétendent la combattre.

5. C’est un domaine très complexe.

Oui, et encore là on pourrait se demander pourquoi la finance s’est à ce point complexifiée depuis 30 ans. Certainement pas pour la stabilité du système ou pour la transparence, c’est même exactement le contraire. On peut comprendre que l’informatique ou l’ingénierie automobile par exemple se soient complexifiés pour nous apporter plus de performance, plus de miniaturisation, plus d’autonomie, plus de sécurité. Mais qu’apporte l’ingénierie financière ? Rien, sauf l’opacité. Il serait donc grand temps de revenir sur les lois qui autorisent avec 100 dollars en poche et miser des millions sur la chute de telle ou telle entreprise. C’est malsain, dangereux et surtout inutile.
Mais à y regarder de plus près l’évasion suit des chemins très simples, avec des sociétés fantômes qui génèrent des milliards de bénéfices dans des petites îles de 10.000 habitants aux Caraïbes. C’est assez facile à débusquer, non ?

Voilà je ne vois absolument aucun argument pour ne pas s’attaquer à ce problème immédiatement.

L’évasion fiscale, l’aveuglement général

Lorsqu’on s’intéresse aux actualités, qu’on se questionne sur les rapports sociaux et humains, on finit toujours par rechercher l’origine des inégalités, la cause des injustices, la « cause des causes », c’est une forme de saint Graal. Déjà Jean-Jacques Rousseau écrivait en 1755 un explicite « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ». A-t-on depuis trouvé une réponse ? Probablement pas, mais continuons de chercher, cet exercice est salutaire.

Eh bien je pense que l’évasion fiscale fait partie de la réponse. Car elle fournit de l’argent, beaucoup d’argent non imposé aux grandes entreprises et particuliers fortunés. C’est l’injustice ultime. Et que fait-on pour lutter contre ce fléau ? Rien. Ou presque.

Plusieurs pays se lancent dans des politiques d’austérité en arguant qu’il faut comprimer les dépenses pour rembourser les dettes. Je n’y crois pas. Il serait bien plus efficace d’augmenter les recettes, je ne comprends pas l’aveuglement général qui refuse cette évidence. Les politiques cherchent à diminuer les services sociaux pour sauver quelques millions ici ou là: l’éducation, la santé, les aides sociales, les niches fiscales, ah non c’est vrai on ne touche jamais aux niches fiscales. Mais l’évasion fiscale se chiffre en milliards! Alors d’où vient cet aveuglement général ?

L’austérité, c’est quand il fait froid rajouter une bûche dans le feu alors que la fenêtre est grande ouverte.

Rien, absolument rien ne justifie l’atonie des gouvernements. Sauf la corruption de nos représentants et le pouvoir des lobbyistes. Beaucoup d’idées reçues circulent dans les médias (j’y consacre un autre billet sur ce blog), lutter contres ces mensonges est essentiel pour faire évoluer les mentalités et faire revenir la lutte contre l’évasion au tout premier plan des questions de société, car avec ces milliards en plus dans les caisses, ça change tout.

Regardons les solutions concrètes. La première question est celle de la responsabilité. Je vois 2 principaux responsables de cette dérive: les politiciens et les banques d’affaire.

  • L’évasion de capitaux est rendue possible par des lois qui autorisent le rapatriement de capitaux sans double imposition. Ces lois ne tombent pas du ciel, il ne faudrait pas croire que les évadés se faufilent entre les mailles du filet, ils bénéficient au contraire de lois sur mesure. Il y a donc une responsabilité évidente des gouvernements qui ont voté ces lois scélérates. Les gouvernements qui ont suivi et qui n’ont rien remis en cause sont tout aussi complices. Dans les démocraties occidentales où l’alternance est la règle, c’est l’ensemble des partis politiques de pouvoir qui sont donc responsables. Et ne me m’accusez pas de complotisme, je présente des faits.
  • HSBC a été récemment épinglé dans l’affaire Swissleaks qui a affolé les foules pendant 2 ou 3 jours. Puis plus rien. Dommage, on avait sous la main des fraudeurs, leur identité et surtout l’organisateur de l’évasion, une banque ! Et quelle banque: HSBC. Il apparaît que cette banque organisait de manière systématique l’évasion de ses clients et qu’elle les démarchait même. Un racolage actif qui devrait entraîner la poursuite et le démantèlement de cette institution pour évasion fiscale en bande organisée. Après avoir organisé le blanchiment de la drogue et avoir payé une amende record aux États-Unis, maintenant l’évitement de l’impôt, une attaque directe envers les citoyens. Je ne dis pas que toutes les banques ont les mêmes pratiques, mais le nom d’HSBC revient systématiquement dans toutes les affaires, il faut en faire un exemple.
  • Les riches. Et bien non je ne pense pas qu’il faut s’en prendre aux personnes. Comme le montre l’exemple d’HSBC, c’est suite au raccolage aggressif de la banque que les particuliers s’embarquent dans cette aventure, la plupart d’ailleurs ne comprennent pas les techniques utilisées ni les conséquences sociales. Le discours qu’on leur présente c’est « confiez-nous vos revenus, nous nous occupons des tours de passe-passe pour ne pas payer d’impôt en toute légalité ». Faisons condamner les dealers plustôt que les consommateurs, voilà ce que je pense.

Et maintenant que faire ?

Je ne vois pas d’autre issue qu’une prise de conscience de l’opinion publique, et une réponse politique. Quand il sera clair pour tout le monde que récupérer des milliards est plus efficace que de couper des millions dans la santé, l’éducation, la justice, la police, etc. on sera en bonne voie. Rappel: un milliard c’est 1000 millions, on va en construire des écoles et des hôpitaux avec ça.

Car cette question, vu la quantité de capitaux en jeu, ce n’est pas une question anodine à poser aux hommes politiques, c’est LA question qui va tout changer dans le budget et permettre de rembourser nos dettes une fois pour toutes. Je rêve qu’un jour à la veille d’élections nationales quelqu’un (journaliste ou électeur) ose poser en direct à la télévision la question suivante aux candidats:

Bonjour, voici 2 propositions de lois:
1-Supprimer les lois qui permettent de rapatrier de l’argent sans imposition depuis les paradis fiscaux
2-Criminaliser l’évasion fiscale avec des peines de prison ferme pour les particuliers ou les directeurs des entreprises qui pratiquent cette évasion

Attendu que l’évasion fiscale est immorale et indéfendable et que ces 2 lois ne vont rien coûter aux contribuables, pouvez-vous nous garantir sur votre honneur que vous ferez adopter ces 2 lois dès votre arrivée au pouvoir ?

Un gouvernement a-t-il jamais pris de telles mesures, pourtant très raisonnable ? Pourquoi ?

Faut-il toujours rembourser ses dettes ?

Petite introduction pour rappeler les bases de la démocratie : le peuple est souverain. C’est clair, net, précis, la base de la constitution. Les représentants doivent agir dans l’intérêt du peuple, mais parfois il y a un décalage entre les intérêts des uns et des autres, de manière involontaire ou non (le traité européen de 2005).

On a un peu vite oublié que l’Islande, ruinée, s’en est sorti en refusant de rembourser ses dettes. Je vous l’accorde, très peu de médias ont approfondi cette histoire, il ne faudrait pas que ça donne des idées. Quelques années auparavant, c’était l’Équateur qui faisait sensation en réalisant audit de sa dette pour faire le tri entre les dettes légitimes et illégitimes. Les banquiers américains n’en sont toujours pas revenus qu’un client ose lire le contrat et surtout les clauses écrites en minuscule, et puisse ne serait-ce qu’envisager d’en contester certaines.

Cet exercice de l’audit, fortement encouragé par des organismes comme CADTM, devrait même être obligatoire à chaque changement politique. C’est bien naturel, imagine-t-on un PDG qui débarque dans une entreprise et payer des factures sans regarder à quoi elles correspondent ? Même un banquier honnête ne verrait pas d’inconvénient à auditer une dette, fut-elle souveraine. Alors pourquoi à chaque fois qu’un pays suggère d’en passer par cet exercice citoyen, il y a autant voix qui s’y opposent par principe ? Ces gens-là ont clairement des intérêts cachés, leur voix doit être écartée du débat public.

 Une dette est une dette et doit être honorée aveuglément. Un banquier.

Exemple : si vos parents décèdent et que la banque vous réclame 100.000 euros en remboursement d’un prêt qu’auraient souscrits vos parents. Allez-vous rembourser directement, car « une dette c’est une dette » ? Ou bien allez-vous demander à vérifier le contrat, l’état des versements, fouiller dans les papiers pour retrouver des traces, demander à la famille qui est au courant de ce prêt, etc.

Donc à l’avenir, vérifiez bien qui refuse les audits des dettes souveraines, vous saurez ce que ces gens pensent de l’intérêt public.

Voici quelques questions auxquelles un audit pourrait répondre :

Qui a fait un emprunt en mon nom ?

À quoi devait servir l’argent emprunté ?

À quoi a réellement servi l’argent emprunté ?

Y a-t-il eu des engagements pris en échange du prêt ?

Est-ce que le processus de demande de prêt a respecté la loi ?

Est-ce que le taux d’emprunt est conforme au marché ?

Là je vous laisse imaginer les scénarios possibles en fonction des réponses à ces questions. On y voit le rapport avec des conflits d’intérêt possibles, des commissions et rétro-commissions, dessous de table etc.

 

Si le client a remboursé le principal, il ne reste que des profits privés (pour des banques privées). Dans le cas des dettes souveraines, les mêmes banques empruntent à la Banque centrale à un taux epsilonesque et le reprêtent aux états à un taux 20 fois plus élevés, des taux carnassiers, « vautouriens » même. On pourrait aussi parler dans ce cas de profits illégitimes, le remboursement de ces intérêts me semble discutable dans la crise actuelle. Les états ne devraient pas emprunter aux banques privées à des taux plus élevés que les banques empruntent à la Banque Centrale. C’est le minimum, mais si on veut arrêter de marcher sur la tête, allons plus loin : pourquoi les états ne peuvent plus emprunter directement à la Banque Centrale ? Qui a gagné à ce jeu-là ? Oui les banques privées. Qui a perdu ? Oui, les peuples. Certains y voient un complot, j’y vois du lobbying, mais le résultat est le même.

Plutôt qu’une annulation de la dette, on pourrait commencer par une annulation des intérêts de la dette, ça passerait mieux chez la ménagère et le bon père de famille. Et ça sauverait les états, les retraites, les services publics, l’éducation, etc.

 

Bonus : on va finir par y venir à la nationalisation complète du secteur bancaire.